Charte

Préambule, objectifs, anthropologie prospective et charte (version PDF)
Juillet 2011

Préambule

Le Laboratoire d'Anthropologie Prospective (LAAP) est une entité de recherche de l'Université catholique de Louvain (UCL) en Belgique dont l'objectif principal est l'élaboration de théories socio-anthropologiques empiriquement fondées à partir d’études conduites sur le terrain et révisées au regard des évolutions des sociétés contemporaines. Il s’agit d’un centre ouvert, prioritairement, à tous les membres de l’Académie Louvain intéressés par le développement de l’anthropologie. Il s’est institué à l’initiative de chercheurs venant de plusieurs facultés, Instituts et Centres de recherche.

Le LAAP perpétue l’esprit du Collegium anthropologicum lovaniense. Fondé en 1998 et élargi en octobre 1999, celui-ci proposait une fédération des ressources en un lieu de rencontre, d’échange scientifique et de gestion de projets de recherche et d’enseignement pour tous les membres de l’UCL impliqués dans la problématique de l’anthropologie et ce quel que soit leur rattachement facultaire. En 2000, lors d’une rencontre de concertation entre les doyens des facultés de sciences humaines, il a été décidé de fédérer les ressources intellectuelles en anthropologie de l’UCL autour d’un noyau d’anthropologues permanents reconstitué à la Faculté des sciences politiques, sociales et politiques, au sein du département des sciences sociales et politiques.

Objectifs

Les synergies activées au LAAP sont basées sur une expérience commune de recherche (programmes transversaux de recherche, terrains, encadrement de thèses de doctorat en co-promotion, publications collectives), des séminaires multifocaux (les séminaires du LAAP et les Midis d’anthropologie) et deux collections scientifiques « Anthropologie prospective » et « Investigations ». Le LAAP développe une politique de partenariat avec des réseaux de recherche sur les problématiques anthropologiques aussi bien au niveau national qu'international.

Le LAAP est un centre de recherche.

Il vise :
- L’excellence de la recherche en anthropologie ;
- La promotion des travaux d’anthropologie louvaniste ;
- Le rayonnement international du LAAP et de ses membres.
- Le LAAP favorise le travail d’équipe. Il repose sur le partage d’un espace commun qui facilite les échanges scientifiques quotidiens, ainsi qu’une manière partagée, discutée et négociée, de concevoir la discipline.

Pour ce faire :
- Le séminaire hebdomadaire du LAAP est l’activité structurante du laboratoire. Tous les membres sont invités à participer et à présenter chaque année leurs travaux (crédits ECTS) ;
- Le LAAP développe chaque année, en fonction des propositions des membres, un calendrier d’activités (chaire Singleton, séminaires, écoles doctorales, colloques…) (crédits ECTS) ;
- Le LAAP est responsable de l’édition de deux collections à caractère scientifique : 1) la collection « anthropologie prospective » ; 2) la collection « investigation ». Ces collections, sans exclusive, éditent les travaux des membres du LAAP.
- Les doctorants du LAAP qui n’auraient pas suivi un cursus complet en anthropologie sont invités à suivre une formation doctorale ad hoc de mise à niveau ;

Le site web officiel du LAAP ( http://www.anthropologie-prospective.eu )

- Le site web officiel du LAAP ( http://www.anthropologie-prospective.eu ) est conçu comme un outil interactif mis à disposition de tous les membres du LAAP.
- Le site officiel du LAAP établit la liste légale des membres du LAAP.
- Le site sert d’interface entre les membres du LAAP et l’extérieur. Il est la vitrine du laboratoire.
- Chaque membre a la responsabilité, selon les modalités d’accès au site prévus (accès direct à des parties du site pour tous les membres, et accès via les chefs de rubriques pour les domaines particuliers), de mettre en ligne : 1) une présentation de son profil académique ; 2) de ses recherches ; 3) de ses publications ; 4) des activités qu’il mène dans le cadre du LAAP.

Anthropologie prospective

Une anthropologie impliquée

L’anthropologie étudie tout ce qui touche à l’être humain depuis le développement de son espèce jusqu’à ses réalisations culturelles les plus récentes. Autrefois philosophique et depuis le 19e siècle exclusivement associée à l’inventaire des sociétés traditionnelles, l’anthropologie se voulait sociale et culturelle. En une vingtaine d’années, l’anthropologie s’est réformée s’adaptant aux transformations des sociétés. Avec la globalisation des échanges, chaque société se trouve confrontée - avec violence parfois - à la gestion de la pluralité culturelle et à l’harmonisation des acquis individuels avec les droits d’autrui, voire, plus largement, avec les choses du monde.

Aujourd’hui, la discipline explore des synergies entre la recherche fondamentale et des pratiques professionnelles nouvelles qui exposent les acteurs sociaux à des situations d’interculturalité dans l’exercice de leurs engagements quotidiens. Désormais une anthropologie plus impliquée que simplement appliquée, accorde une attention particulière à la professionnalisation, à l’opérationnalisation de ses résultats, ainsi qu’aux contacts et aux échanges avec les milieux professionnels. Forte d’un corpus théorique reconnu, l’anthropologie s’est imposée dans ce nouveau champ par la rigueur méthodologique - l’observation participante -, la qualité des monographies produites, comme également son ancrage interdisciplinaire, ainsi que par la capacité à la professionnalisation et à l’opérationnalisation des résultats.

Au-delà de la dichotomie recherche fondamentale versus recherche appliquée, théorie académique versus pratique politique, il s’agit pour l’anthropologie entendue comme prospective d’explorer les lieux où l’homme devient humain et donc les voies d’une anthropologie impliquée dans les évolutions et les enjeux sociétaux fondamentaux du 21e siècle.

Un engagement méthodologique

Connaître en anthropologie, c’est se laisser gagner par l’expérience humaine. Ceci implique qu’on accepte de se retrouver, à l’issue d’un terrain, totalement ailleurs et autrement. Cette expérience est la condition pour rendre compte du contexte dans lequel prennent sens les faits observés. Dans ce cadre, l’engagement renvoie à un questionnement méthodologique.

Ce n’est pas l’anthropologie qui est engagée, mais chaque anthropologue, au risque, s’il ne le fait pas, de reproduire des interprétations à partir des catégories interprétatives d’un lieu particulier, c’est-à-dire le sien. Il passe alors à côté de l’objectif : produire des données contextualisées, ou encore établies au plus près des manières de dire et de faire d’un groupe particulier. L’anthropologie en tant que discipline scientifique n’est pas engagée, mais chaque anthropologue doit l’être pour être reconnu comme tel.

Un engagement éthique

La fin ne justifie pas les moyens et l’engagement méthodologique – la passion de la recherche – ne peut se substituer à une vigilance éthique personnelle, laquelle n’implique pas de renouer avec une forme de « supériorité naturelle universaliste » qui résulterait de l’évidence d’un engagement face à ce qui serait considéré comme a priori injuste. La critique du contexte contemporain dans lequel prend forme l’expérience sur le terrain est une étape indispensable.

Toutes les sociétés pour se reproduire instituent leurs propres asymétries qu’il est indispensable de comprendre afin de pouvoir porter un jugement. On comprend la place inconfortable qu’occupe parfois l’anthropologue lorsqu’il est confronté à la question de savoir de quel côté il se range. Il est alors nécessaire d’analyser le rôle tenu et/ou attribué à l’anthropologue sur son terrain afin qu’il puisse établir dans quelle pièce il accepte de jouer lorsqu’il est confronté à la nécessité de choisir son camp, de dire ce qu’il pense, ou encore, de s’engager.

Les choix éthiques, les formes d’engagement ou les problèmes de déontologie impliquent des décisions souvent difficiles à prendre en raison des relations nouées et souvent complexes. Ces décisions ont toujours des conséquences décisives sur la place de l’anthropologue sur son terrain, ainsi que sur la qualité de la production scientifique.

En conséquence, lorsque nécessaire, il est souhaitable que ces interrogations soient portées à la connaissance d’un groupe ad hoc institué au sein du LAAP (groupe d’inter-vision).
 
Charte

Du terrain et des monographies

L’engagement méthodologique de l’anthropologue sur son terrain exige une vigilance éthique du chercheur. Elle repose sur le fait que si les questions fondamentales que se pose chaque groupe humain sont identiques, les réponses apportées sont toujours particulières. Dès lors :

- le terrain est une étude de cas et chaque cas une étude à part entière. Elle conduit à la rédaction d’une monographie ;
- le terrain est une méthode et, par l’observation participante, l’anthropologue observe, transcrit et interprète, des pratiques inédites ;
- la monographie, comme aboutissement de l’observation participante, est une démarche empiriquement fondée ;
- la monographie se distincte de la généralisation qui impliquerait l’existence d’un hors champ observationnel ;
- l’excellence d’une monographie s’apprécie à la qualité et à l’aspect novateur des données empiriques rapportées ;
- les monographies ne peuvent être valablement validées que par des personnes qui possèdent une attention similaire à la production des données empiriques de qualité, c’est-à-dire en priorité les informateurs et les pairs.

Des monographies et un savoir anthropologique général

Si l'objectif principal de la discipline est l'élaboration de théories socio-anthropologiques empiriquement fondées à partir d’études menées sur le terrain :

- au niveau monographique, la généralisation reste sans grande conséquence sur la connaissance générale de la discipline, entendue ici comme une collection de monographies ;
 - le savoir anthropologique général renvoie au corpus empirique consigné dans les monographies, lesquelles constituent le trésor de la discipline gardé dans les bibliothèques universitaires ;
- la généralisation théorique à ce niveau monographique équivaudrait à une faute méthodologique ;
- À la différence, l’anthropologie fondamentale reste un domaine particulier qui repose sur des comparaisons de monographies et, à ce titre, elle peut avoir partiellement partie liée avec l’univers hypothético-déductif.

Conséquences organisationnelles qui régissent les chercheurs du LAAP

Compte tenu de la spécificité de la recherche sur le terrain en anthropologie, la règle générale en matière de propriété intellectuelle est simple : « les données de terrain appartiennent à celui qui les a produites ». Cette règle concerne de manière identique, les étudiants, les doctorants, les chercheurs au cadre et les professeurs. Dans ce sens :

- Chaque chercheur doit disposer de la liberté nécessaire pour conduire ses recherches sur le terrain ;
- Le terrain nécessite l’établissement de nombreux réseaux sociaux (informateurs). Ces réseaux exigent l’établissement de rapports de confiance établis dans la longue durée. Ils appartiennent exclusivement à celui qui les a établis ;
- L’anthropologue travaille généralement seul sur son terrain. À sa seule initiative, il peut, s’il le souhaite, organiser un travail collectif ou inviter d’autres chercheurs sur son terrain.

Production scientifique, propriété intellectuelle et signature des résultats

1. Recherches conduites individuellement

Sur la base des données produites individuellement sur le terrain, chaque chercheur dispose de l’exclusivité sur les données ainsi produites. Cette exclusivité lui confère le droit de publier ses résultats sous la forme qu’il juge la plus adéquate.

Les doctorants en thèse sur leur propre terrain disposent du même droit d’exclusivité sur leurs données que toutes les autres catégories de chercheurs.

2. Recherches réalisées en équipe

Pour monter des équipes de recherche entre personnes de statuts identiques ou de statuts différents, les modalités de collaboration entre les participants seront discutées en début de recherche. Dans ce sens, il sera question de prendre en considération qu’en matière de production scientifique, il existe une asymétrie statutaire entre professeurs, chercheurs au cadre, chercheurs temporaires titulaires du titre de docteur et les doctorants. Cette asymétrie peut limiter la conclusion d’accords librement consentis. En conséquence, il sera question d’être attentif à la protection de la propriété intellectuelle de chaque participant. Pour ce faire, les aspects suivants sont réglés.

- Un protocole écrit est signé entre les parties prenantes à la recherche ;

- En fonction du travail à réaliser par chaque membre de l’équipe, des critères sont d’emblée énoncés quant à la participation à la publication ou aux publications finales ;
- La co-signature d’un article produit en équipe est conditionnée à la participation effective à la recherche, soit à toutes les étapes de sa mise en œuvre, soit à au moins une des étapes ; aucune relation hiérarchique n’entraîne de droit la signature d’un article collectif ;
- L’ordre de signatures d’un document rédigé en collaboration est clairement débattu au début de la recherche en fonction de la participation effective à la recherche (selon les modalités détaillées au point précédant) et fait l’objet d’un accord explicite, écrit ;
- La première place dans l’ordre des signataires d’un article est accordée en priorité à celui ou à ceux qui ont produit les données empiriques ; toute autre modalité de signature doit être discutée au préalable pour être recevable ;
- Une collaboration estimée, d’un commun accord, comme équivalente entre les parties prenantes entraîne une signature collective selon un ordre alphabétique.

3. Actes de colloques, séminaires, ouvrages collectifs

Les dispositions précédentes sont valables en ce qui concerne la ou les signatures d’édition d’actes de colloques, de séminaires et d’ouvrages collectifs.

4. Conflit d’intérêts

Le LAAP est un Centre de recherche de l’Université catholique de Louvain. En conséquence, il est soumis à tous les règlements en vigueur au sein de l’université

Dispositions internes : en cas de problèmes importants, non résolus, après tentatives de discussions entre les parties en présence que ce soit en matière d’accès au terrain, de garantie de la propriété des contacts établis sur le terrain, de la production des données, de la signature d’articles, de propriété intellectuelle…, le bureau du LAAP peut être saisi. Le bureau désigne en son sein une commission de déontologie composée de 5 membres : elle est présidée par un académique membre du LAAP et est composée d’au moins un représentant de chaque groupe de chercheurs. La commission est composée de personnes étrangères au différent. Selon l’importance des faits et en fonction des règlements en vigueur, la commission peut en référer aux instances supérieures de la recherche de l’Université (Institut, Secteur, Rectorat). Une fois l’avis rendu, la commission de déontologie du LAAP est dissoute.

Adhésion au LAAP

- Le LAAP est régi par un règlement intérieur accessible sur le site web officiel du Laboratoire : http://www.anthropologie-prospective.eu
- Chaque membre du laboratoire a pris connaissance de la présente charte accessible sur le site web officiel du Laboratoire : http://www.anthropologie-prospective.eu
- Une nouvelle adhésion au LAAP, entérinée par le bureau, selon les modalités prévues par le règlement intérieur, ne prend effectivement effet lorsque le nouveau membre s’inscrit sur le site officiel du laboratoire : http://www.anthropologie-prospective.eu